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09/10/2010

L'AVENIR DE L'EUROPE A 27

Editorial

L’ancien Premier ministre, Edouard Balladur a jugé récemment dans un entretien accordé au Journal Le Monde que « l’Europe à 27 est vouée à la confusion et à l’échec » et paie le prix d’un « élargissement qui a été décidé trop hâtivement. » Ce faisant, l’ancien Premier  ministre défend une thèse que nous n’avons pas cessé de développer au RCE depuis des années. Nous avons en effet, à maintes reprises, mis l’accent sur le fait qu’il convenait d’approfondir les institutions et de consolider les fondations de la construction européenne avant d’élargir. C’est un autre choix qui a été fait dont nous ne cessons de voir tous les jours les effets désastreux sur la construction européenne.

 Celle-ci patine, nous le constatons quotidiennement, et nous ne pouvons que le déplorer, à défaut, pour l’instant, d’inverser le cours des choses, faute d’une volonté politique affirmée.

 Evoquant l’élargissement, François Mitterrand déclarait à Strasbourg devant le Parlement européen, le 17 janvier 1995 : « …Plus l’Europe s’affirme sur le plan interne et plus sa force d’attraction s’exerce sur les autres pays démocratiques d’Europe. Encore faut-il que ces deux objectifs ne se contredisent pas. Et c’est là la difficulté, car il faut élargir, mais aussi renforcer l’Union existante. Il ne faut pas que l’élargissement affaiblisse ce qui existe. Et il ne faut pas que ce qui existe empêche  l’élargissement de l’Union aux limites de l’Europe démocratique. C’est un problème difficile à régler. Mais je vous demande d’y prendre garde, c’est peut-être la question la plus difficile que vous aurez à résoudre au cours des années prochaines (…) nos négociateurs commettraient à mon sens une erreur si, par impatience ou lassitude, ils laissaient les élargissements se faire dans des conditions qui affaibliraient la cohésion et les disciplines de l’Union. J’insiste sur ce point : je suis tout à fait partisan de l’élargissement à toute l’Europe démocratique, mais je ne voudrais pas qu’au moment où le dernier adhérent arrivera, il adhère à quelque chose qui déjà n’existe  plus, parce que ruinée de l’intérieur. C’est une immense ambition politique qui vous appartient : réussir ce qui est beaucoup plus qu’un pari, réussir cet enjeu historique. »

 L’Histoire, hélas confirme les inquiétudes formulées alors par le chef de l’Etat.

 Aujourd’hui, le lien paraît pour le moins distendu entre les différents pays européens. Les relations au sein de l’Union se sont profondément détériorées et un sentiment diffus de « chacun pour soi » semble trop souvent l’emporter sur tout esprit d’entente et d’union.

 A vouloir trop élargir et plus encore trop rapidement, nous avons affaibli l’édifice que nous cherchons à construire.

 Alors que le monde bouge et change, l’Europe est trop souvent maltraitée par des dirigeants qui, tout en la célébrant et en invoquant son nom et leur attachement à la construction européenne, continuent de raisonner en nationalistes, ce qu’ils n’ont jamais vraiment cessé d’être au-delà des formules et des discours prononcés.

Il faut désormais inventer un projet audacieux pour sortir de l’ornière dans laquelle nous nous trouvons et relancer une dynamique, fût-ce à quelques-uns pour commencer.

 Mais nous sommes en droit de poser ces questions : Quel est le projet qui emportera l’adhésion des peuples ? Qui le proposera ? Quand viendra le sursaut que tout Européen convaincu appelle de ses vœux ? Quand se mettra en marche l’armée pacifique des militants d’une Europe puissance pour que naisse enfin et s’épanouisse cette structure dont nous avons tant besoin, si nous voulons, nous peuples d’Europe, tout simplement continuer d’être et de compter dans le monde de demain ?

Gérard-David Desrameaux

Président-fondateur du RCE

18:22 Publié dans Editoriaux | Lien permanent | Commentaires (0)

29/08/2010

CRAINTES ET ESPOIRS QUANT A L'AVENIR PROCHE DE L'UNION EUROPENNE

Editorial 

Les investisseurs auraient repris confiance dans la zone euro, celle-ci ayant regagné quelque peu sa sérénité après avoir connu une phase de fortes turbulences au cours de la période récente. L’euro, dont la mort était annoncée remonte lentement face au dollar et aux principales devises. Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, déclarait il y a quelques semaines : « la situation est en voie de normalisation et, dans le même temps, Jean-Claude Trichet lançait un appel à la rigueur. Paris et Berlin souhaiteraient - semble-t-il - faire converger les systèmes fiscaux français et allemands, ce dont on ne peut que se réjouir.

 

Dans le même temps, toujours, sept banques européennes étaient jugées trop faibles pour affronter une crise dont cinq caisses d’épargne espagnoles et une banque allemande, ce qui est relativement mieux que ce que l’on pouvait craindre. Pour autant, nombre de banques européennes paraissent trop dépendantes des aides de l’Etat

 

La prudence s’impose cependant. La zone euro, si elle est aujourd’hui dans une situation moins sévère qu’il y a quelques mois, se doit d’être vigilante et déterminée afin de faire face aux menaces qui perdurent et une question fondamentale demeure aujourd’hui sans réponse : l’Europe est-elle à même de parler d’une seule voix dans un avenir plus ou moins proche, en particulier sur le plan économique ?

 

Sur un autre plan, le nouveau gouvernement britannique se présente comme le meilleur avocat de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne car son euroscepticisme le conduit à espérer que cette entrée d’un pays tel que la Turquie condamnera à jamais l’idée même du projet européen et ce pour les raisons que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans ces colonnes à maintes reprises ainsi que dans mon livre : « Pour une Europe puissance ».

 

Ne pas comprendre cela, ne pas mettre fin aux palinodies actuelles et laisser accroire que l’on négocie et souhaite l’adhésion de la Turquie à l’Union, à supposer qu’elle accomplisse les efforts souhaités au regard des droits de l’homme, notamment, c’est tout simplement manquer à ses devoirs d’Européen responsable.

 

C’est ne pas prendre conscience des enjeux et faire fi des réalités et du sens  de l’Histoire. Avoir élargi plus vite qu’il ne convenait a conduit l’Union à cette « sorte d’impasse » dans laquelle se situe aujourd’hui l’Europe qui est désormais confrontée à des problèmes qu’elle semble ne pas savoir gérer, ni a fortiori maîtriser.

 

Vouloir aujourd’hui encore, en dépit des erreurs passées, élargir au-delà du souhaitable et de ce qui est permis est, pour ceux qui en formulent le désir, l’aveu, soit d’une forme d’inconscience, soit d’une volonté délibérée de mettre à mort le projet d’une Europe digne de ce nom, c’est-à-dire capable d’occuper toute sa place sur la scène du monde, en d’autres termes, c’est se comporter en adversaires patentés de l’Europe puissance, de cette Europe si nécessaire à l’équilibre du monde.

 

 

Gérard-David Desrameaux

Président-fondateur du RCE

16:05 Publié dans Editoriaux | Lien permanent | Commentaires (0)

04/07/2010

Pour un authentique gouvernement économique de l'Europe

Editorial

Paris et Berlin ont exprimé au début du mois de juin 2010 leur volonté d’accélérer la régulation des marchés et préconisé la possibilité « d’une interdiction au niveau européen des ventes à découvert à nu de toutes ou de certaines actions et obligations ».

La chancelière Angela Merkel a également, semble-t-il, finalement accepté le principe d’un gouvernement économique fort, insistant sur le fait que « c’est seulement ainsi que l’Europe repartira de l’avant ».

 Certes, on peut s’étonner que ce « gouvernement économique » ou tout au moins ce qui s’en rapproche se fasse à vingt-sept et non à seize.

 La thèse allemande peut se comprendre à certains égards mais, à l’évidence, il est souhaitable qu’à l’avenir on s’oriente vers une gouvernance, c’est le mot désormais utilisé, plus stricte entre membres de la zone euro car c’est bien à ce niveau, c’est-à-dire entre des Etats qui ont fait le choix en toute connaissance de cause d’une monnaie unique qu’il importe de coordonner et d’harmoniser au maximum les politiques économiques, financières, fiscales et sociales. Le succès de l’entreprise commune étant à ce prix.

 Il est donc illusoire de penser qu’il ne faudra pas à court ou moyen terme reprendre le débat institutionnel et créer les structures et institutions qui permettront d’aller de l’avant non seulement au niveau des discours, des proclamations solennelles et des intentions rendues publiques mais aussi au niveau des actes et des réalisations concrètes.

 Il faut cependant être conscient que ce clivage révèle une approche différente de ce que devrait être la politique économique commune de l’Europe. Au-delà des mots « gouvernance économique » ou « gouvernement économique », les enjeux sont bien réels, car dans la première hypothèse il n’y aurait pas véritablement de transfert de souveraineté alors qu’il en irait autrement dans l’hypothèse inverse.

 Après les péripéties, pour ne pas dire plus, qui ont vu le jour à l’occasion du débat sur le traité constitutionnel puis à l’occasion de celui portant sur le traité de Lisbonne on peut comprendre les raisons qui ont conduit la chancelière allemande et le président de la République française à opter pour  le choix d’un  compromis afin de ne pas raviver dans le contexte actuel et dans l’urgence une polémique stérile qui ne servirait les intérêts d’aucune des parties en présence et hypothèquerait surtout l’avenir même de l’Europe, c’est-à-dire notre avenir.

Tôt ou tard, il faudra cependant créer un pouvoir politique au sein de la zone euro car la vraie souveraineté s’exprimera à travers non seulement une zone monétaire mais aussi à travers une union politique bien réelle et dotée de pouvoirs d’essence fédérale. A cet égard, il serait temps de rappeler à celles et ceux qui ironisent sur l’utopie supposée de ceux qui préconisent une construction fédérale que le fédéralisme aurait au moins l’avantage de consolider une démarche démocratique en faisant davantage entendre la voix des peuples des Etats-nations fédérés dans un ensemble définissant mieux les pouvoirs de chaque entité : l’Union, l’Etat, la région et en tenant davantage compte des équilibres démographiques.

On a dit que l’Europe était à la croisée des chemins. On annonce régulièrement la mort de l’euro. On dénonce la faiblesse de l’Europe. On vilipende son impuissance à exister. On n’a jamais de mots assez durs pour  la fustiger et pour critiquer les plus ardents défenseurs de la construction européenne.

 On oublie simplement  ou on feint d’oublier que ceux qui, aujourd’hui, ont en charge de « faire l’Europe » ne sont peut-être pas aussi acquis à l’idée de bâtir cette entité que la génération précédente et que le modèle qu’ils mettent en place privilégie trop souvent l’aspect commerce et libre concurrence alors que les peuples d’Europe sont en attente d’un projet mettant davantage en avant la solidarité, la citoyenneté et la sécurité, en d’autres termes d’un projet de société fondé sur des valeurs, sur l’humanisme et une volonté de vivre ensemble un destin partagé dans le respect de règles communes et librement consenties.

 Plus que jamais, il est urgent de redéfinir un projet européen viable pour les générations qui viennent. L’entreprise est immense. Les peuples d’Europe doivent faire entendre leur voix et faire preuve de discernement s’ils veulent sauver ce grand dessein élaboré au milieu du vingtième-siècle par des femmes et des hommes qui avaient pris conscience des enjeux  et des défis des  temps qui venaient.

 L’incapacité de nombre de dirigeants à concevoir l’avenir et à anticiper demain est aujourd’hui manifeste. Un sursaut souvent demandé dans ces colonnes s’impose d’autant plus que le temps presse et que des puissances hostiles à la construction européenne sont en marche au sens figuré comme au sens propre.

 Gérard-David Desrameaux

 Président-fondateur du RCE

17:27 Publié dans Editoriaux | Lien permanent | Commentaires (0)